Faux lingots fourrés au tungstène : le cours de l’or flambe, les faussaires apparaissent

Lentement mais sûrement, l’escroquerie semble se répandre. Des lingots d’or contrefaits, fourrés au tungstène, ont été retrouvés dans le monde. Des cas encore rares mais qui inquiètent toutefois les investisseurs.

Un faux lingot d’or de 500 grammes trouvé en Allemagne, puis un autre d’un kilo, repéré en Angleterre… Depuis environ 5 ou 6 ans, des faux lingots font leur apparition sur le marché de l’or.

Ces lingots contrefaits sont fourrés au tungstène, un métal dur et lourd, qui a le plus haut point de fusion de tous les métaux (3 422°C), qui a la caractéristique d’avoir presque la même masse volumique que l’or… et qui est bien sûr nettement meilleur marché.

Des lingots plaqués or

La plupart des acheteurs escroqués se sont rendus compte de l’arnaque en pesant leurs lingots qui n’atteignaient pas le kilo réglementaire. L’un d’eux a même découvert que le tungstène représentait 30 à 40% du poids total de son lingot. Quand ce n’est pas la quasi totalité du lingot !

Récemment, en Suisse,  c’est même la PAMP, l’une des plus grandes fonderies de lingots au monde, qui a été victime de cette escroquerie. Une dizaine de fausses barres d’or estampillées de son sceau ont été achetées à New York. En réalité, il s’agissait de simples blocs de tungstène plaqués or.

Les quelques cas médiatisés ne sont donc pas là pour rassurer les investisseurs. D’autant que les faux lingots sont fournis avec toutes les pièces justificatives.

Une aubaine pour les faussaires

Avec la crise économique, le métal jaune a renforcé son statut de valeur refuge et le cours de l’or a flambé. Une aubaine pour les faussaires car alors que le tungstène ne dépasse guère 1 dollars l’once, le cours de l’or cote aux alentours des 1700 dollars.

Selon certains experts, fabriquer de tels lingots est techniquement très compliqué et nécessite une méthode sophistiquée. Dans une enquête consacrée au sujet, Le Figaro cite l’un d’eux : « Selon moi, ce n’est qu’à la portée d’industriels majeurs ou d’États, et ce sont les barres des banques centrales qui sont les plus touchées. Aujourd’hui, on estime qu’il y a 1,5 million de lingots de 12-13 kilos qui seraient faux ».

La rumeur chinoise démentie

Pendant un temps, après la découverte de lingots trafiqués au tungstène à Hong-Kong, les regards se sont tournés vers l’Asie. Encore récemment, une rumeur propagée sur internet affirmait que 40 % des lingots d’or vendus en Chine étaient composés d’un alliage de métaux tels que l’iridium ou le tungstène. Message qui impliquait plus particulièrement la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC).

Une rumeur qui a pris de telles proportions qu’elle a dû être démentie dans Le Quotidien du peuple, l’organe de presse de Parti communiste chinois, par Zhu Demao, directeur du Centre de contrôle de l’or et des bijoux de la province du Jiangsu.

Ce dernier a indiqué que « seulement 2 % des produits en or envoyés au centre de contrôle où il travaille ont été jugés impurs ». Il a également ajouté que « la plupart des produits en or présentant des problèmes de contrefaçon provenaient de canaux sans licence et contenaient des métaux comme le cuivre, l’iridium ou le tungstène ».

De son côté, craignant que la rumeur n’entache sa crédibilité et ne freine les investisseurs, la banque chinoise, est elle aussi intervenue, précisant que : « Chaque lingot d’or vendu par ICBC possède un certificat en assurant la qualité. ICBC confie à des institutions autorisées un contrôle par échantillonnage annuel de ses lingots d’or, et tous les tests effectués jusqu’ici ont montré que les lingots d’or étaient conformes aux normes nationales ».

La piste américaine

Mais l’Asie n’est pas la seule cible de la vigilance des investisseurs lorsque l’on évoque les faux lingots fourrés au tungstène.

Dans son enquête, Le Figaro revient sur les faux lingots retrouvés dans les coffres de Hong-Kong voilà quelques années et dont les numéros de séries remonteraient à Fort Knox, là où sont stockées les réserves d’or américaines. « Depuis, les rumeurs convergent vers les Etats-Unis » explique le quotidien, qui rappelle : « En 2009, Rob Kirby, éditorialiste, réputé pour sa connaissance du secteur, avait affirmé que 16 000 tonnes de faux lingots fourrés au tungstène auraient été fabriqués sous l’administration Clinton et certains d’entre eux introduits sur le marché international dans le but d’agir sur la demande d’or et soutenir le cours du dollar. Les rumeurs ont été assez fortes pour pousser le républicain Ron Paul, membre du Congrès, à demander l’an dernier un audit pour vérifier la pureté du stock entreposé à Fort Knox ».  Aucun résultat n’a été communiqué pour le moment.

En attendant, l’inquiétude a déjà envahi les réseaux sociaux et le sujet alimente les forums de discussions.  

Alors comment se prémunir contre ces contrefaçons ?  

Tandis que les professionnels de l’or peuvent détecter la supercherie grâce à un système à ultrasons qui permet de tester la pureté des lingots, pour les particuliers, la meilleure des précautions contre la fraude reste encore d’acheter les lingots de manière officielle à des distributeurs reconnus, à l’excellente réputation. … ou de se rabattre sur des pièces d’or.

Poste sous : Actualités de l'Or Mercredi, novembre 7th, 2012

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